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L’architecture subtile d’Amélia Tavella

30 septembre 2021

Amélia Tavella ©Marianne Tessier

 

Dans le monde de l’architecture, le nom d’Amelia Tavella se croise indubitablement avec la Corse. L’île de la beauté - qui a vu naître et grandir cette femme de l’art - concentre plusieurs de ses réalisations. Ces dernières, aussi sensibles que remarquables, témoignent de la volonté de fer, du caractère bien trempé de leur architecte, mais aussi de beaucoup d’humilité et d’élégance.

 

Par Sipane Hoh


Grandir au cœur de la beauté

 

Amelia Tavella est née en Corse - où elle a vécu jusqu’à sa majorité -, puis a quitté l’île pour entamer ses études à l’Ecole Spéciale d’Architecture de Paris. Pour l’architecte aux multiples talents, « grandir au cœur de la beauté constitue un enseignement ». En effet, son rapport vis-à-vis des terres de son enfance est presque charnel. C’est pourquoi, pour la femme de l’art, chaque projet constitue une allégorie, chaque réalisation a un sens, et chaque programme est empreint de sensualité.

 

Aujourd’hui, maman de deux adorables filles, l’architecte, installée à Aix-en-Provence, ne cesse de revenir en Corse, que ce soit pour ses constructions mais aussi ses vacances. La Corse, sa nature sauvage, ses criques et son maquis, c’est -selon l’architecte- un peu son point d’attache, sa muse. « Chaque retour sur le chantier est pour moi un pèlerinage, en lien avec la beauté »souligne Amelia Tavella qui continue « Chaque projet nécessite un soin particulier. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. Chaque réalisation est comme une étape de psychanalyse des lieux, une rencontre ». Un travail psychanalytique donc, comme celui que l’architecte a mené avec la sociologue Liza Terrazzoni dans son projet d’étude urbaine de la Cité génoise d’Ajaccio où elle est partie en quête de l’âme de la ville.

 

 

L’architecte a aussi réuni une équipe pluridisciplinaire et initie une démarche singulière en choisissant de placer l’humain au cœur de son diagnostic : « Conscients de la dimension historique du projet, il semblait évident que le geste urbain devait se construire avec les Ajacciens, au plus près de leur parole, de leur mémoire et de leurs pratiques ». Un travail délicat pour un projet d’une grande dimension.

 

 


Casa Santa Teresa © Thibaut Dini

 

 


Casa Santa Teresa © Thibaut Dini



La Casa Santa Teresa

 

Parmi les projets réalisés, parlons de la superbe Casa Santa Teresa. La belle endormie, construite dans les années cinquante sur les rivages d’Ajaccio, vient de se doter d’une nouvelle vie grâce à Amelia Tavella. Il s’agit d’une maison de vacances typique que l’architecte a remaniée avec une très grande finesse, en y apportant tout le confort nécessaire pour qu’elle continue à rayonner. « C’était une première pour moi » déclare l’architecte qui, à ce moment-là, avait à son actif plusieurs projets d’équipements. « Depuis toujours, je regardais cette maison, restée depuis longtemps en ruine » raconte l’architecte qui connaît par cœur les lieux. « Nous sommes allées à la recherche des codes des années cinquante. Et pour moi, le pastiche était exclu. Il fallait voyager ». C’est ainsi que le rapport à la mer a été, avant tout, mis en avant et que l’intérieur et l’extérieur fusionnent subtilement tout en gardant les diverses caractéristiques des lieux. « C’est une grande chance de pouvoir œuvrer au bord du rivage en toute liberté, tout en étant en règle » souligne la native de l’île qui, par ailleurs, reste très attachée aux règlements de la préservation du littoral. La Casa Santa Teresa comprend des touches en bois, un mobilier sur mesure, des couleurs ocres ;  mais surtout de très grandes baies vitrées qui s’ouvrent sur le large. La maison devient ainsi un paysage traduisant un sentiment de sérénité et de bien-être.

 

 


Couvent Saint-François © Thibaut Dini

 

 


Couvent Saint-François © Thibaut Dini



Le Couvent Saint-François

 

Amelia Tavella travaille en ce moment sur les finitions de la réhabilitation -mais aussi de l'extension- du Couvent Saint-François situé à Santa-Lucia de Tallano. Délaissé depuis longtemps et avec une partie restée en ruine, l’édifice de 1480 qui surplombe majestueusement le village éponyme, est classé aujourd’hui monument historique. Il s’agit, encore une fois, de ruines qui vont se réveiller grâce à l’intervention de l’architecte. Dans sa démarche, cette dernière a fait le choix de garder les ruines et de remplacer la part « fantôme » par une nouvelle entité. « Il y a la volonté de s’inscrire dans l’une des strates historiques du site » relate l’architecte pour qui, tout d’abord, la temporalité était la plus importante. Puis, il a fallu penser au matériau capable de réaliser cette œuvre. Pour accomplir cette tâche aussi subtile que délicate, Amelia Tavella a choisi le cuivre qui dialogue à merveille avec le granit pour redonner vie au lieu. « J’ai fait le choix d’un matériau noble et organique, tout comme le granit, qui portera, lui-aussi, la patine du temps qui passe ». Le résultat est tout simplement époustouflant. Nous pouvons qualifier l’intervention de travail d’orfèvre. Le nouveau bâtiment qui s’immisce prudemment dans les lieux, adopte l’ancien, l’embellit mais aussi le complète. L’ensemble, aux traits mâtinés constitue un nouveau point de départ pour un site aussi ancien qu’historique.

 

 


Ecole et espace culturel de Lumio © Simon Parilla



Entre réalisations et distinctions

 

Amelia Tavella continue, avec la même ardeur, à réaliser de nouveaux projets que ce soit sur l’île de la Beauté ou ailleurs. Citons, par exemple, l’école et le centre culturel Edouard Simeoni de Lumio, le conservatoire régional de musique et de danse et d’art dramatique Henri Tomasi à Ajaccio -qu’elle réalise avec l’architecte Rudy Ricciotti et dont les travaux du chantier sont imminents-, mais aussi deux autres constructions avec l’artiste Pauline Guerrier (les écoles Simone Veil à Villeurbanne et Saint-Pierre à Cabriès). Des collaborations qui semblent enthousiasmer l’architecte qui, pourtant,  travaille et diriger habituellement seule tous ses projets, avec un sens aigu du détail et une grande passion.

 

Amelia Tavella a reçu plusieurs distinctions. Elle a été lauréate du prix Jeune Femme Architecte en 2016 ; Elle a reçu, entre autres, le prix Pierre Cardin de l’Académie des Beaux-Arts en 2017, celui du « Choiseul – Ville de demain » en 2018, tout comme le prix Born Awards en 2019. Enfin, en décembre 2020, Amelia Tavella est nommée Chevalier de l’Ordre National du Mérite. Ces diverses récompenses accompagnent le parcours ardu de cette architecte et lui confèrent un nouvel élan pour de nouveaux horizons.

 

 

L’architecture subtile d’Amélia Tavella
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